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La République recrute des hackers mineurs en alternance pour muscler sa cybersouveraineté

Quand la faille devient une voie d’orientation.

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Une vocation républicaine née d’un très mauvais mot de passe

L’État français n’a pas encore résolu ses difficultés chroniques en matière de sécurité numérique, mais il semble avoir trouvé plus simple : recruter directement ceux qui savent en profiter. L’idée aurait émergé après la diffusion d’un reportage de Franceinfo sur un adolescent se présentant comme ex-pirate informatique, dont le parcours a suscité dans plusieurs cabinets ministériels une forme d’admiration administrative difficile à dissimuler.

Selon les premiers arbitrages, la modernisation de l’orientation passerait désormais par une offre plus cohérente avec les besoins de l’époque : moins de stages chez le boulanger, davantage d’alternance cyber au service de la République. L’ambition affichée est claire : faire de la faille un métier d’avenir avant qu’elle ne continue à faire système.

Une filière d’excellence née d’un très mauvais constat

Le dispositif, élaboré dans une certaine urgence mais présenté comme une stratégie de long terme, doit permettre de répondre à la pénurie chronique de profils cyber au sein des administrations. Le constat posé par ses promoteurs est d’une grande simplicité : les concours attirent des candidats capables de commenter un PDF sur la souveraineté numérique, mais beaucoup plus rarement des adolescents capables de faire tomber un portail public entre deux contrôles de mathématiques.

Selon plusieurs notes préparatoires consultées par Infoscoop, la filière entend valoriser les compétences « acquises sur le terrain », expression qui désigne ici un terrain mouvant, souvent chiffré, parfois hébergé à l’étranger, et généralement découvert trop tard par les services informatiques concernés. Le ministère insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de récompenser la délinquance, mais de « transformer un potentiel offensif en ressource républicaine immédiatement mobilisable ».

Le stage de troisième bascule du fournil au pare-feu

Concrètement, le futur CAP Intrusion éthique doit remplacer, dans plusieurs académies pilotes, une partie des stages d’observation jugés trop peu adaptés aux réalités contemporaines. Finis les trois jours passés à regarder un adulte imprimer des devis dans une PME de zone commerciale : les élèves volontaires pourront intégrer une cellule de cybersécurité, apprendre l’art du mot de passe oublié, du serveur non mis à jour et de la réunion de crise tenue sans caméra parce que la caméra ne fonctionne plus depuis 2021.

Le tronc commun prévoit des modules de conformité, de discrétion, d’écriture administrative et de reformulation neutre après incident. L’option la plus demandée serait déjà « rançongiciel repenti », présentée comme une spécialisation de remédiation offensive. Un document de travail évoque également des unités de formation en « phishing responsable », « lecture avancée des conditions générales » et « initiation au signalement avant publication sur Telegram ».

La rédemption par badge Marianne

L’argument politique est désormais bien rodé. Si un mineur sait contourner des plateformes mieux financées qu’un hôpital, faire fuiter des données ou monétiser des accès en ligne avant même d’avoir le bac, plusieurs responsables estiment qu’il serait irrationnel de le renvoyer vers un banal BTS services informatiques. La République, expliquent-ils, ne peut plus se permettre de laisser un tel gisement de compétences dériver vers le privé, l’étranger ou la simple continuation des faits.

Dans l’entourage de l’exécutif, on vante une logique de rédemption par l’utilité. Le jeune profil à risque deviendrait ainsi un actif de confiance, à condition de signer une charte, de porter un badge Marianne et d’accepter que son génie soit désormais mobilisé pour vérifier si l’intranet d’une direction départementale utilise toujours « azerty123 » comme mot de passe d’urgence. Le dispositif a pour avantage de traduire en politique publique une vieille passion nationale : convertir une défaillance structurelle en vivier de talents.

Les DRH découvrent enfin le candidat qui sait où est la base de données

Les directions des ressources humaines, longtemps accablées par des candidatures fades et des lettres de motivation mentionnant une « appétence pour le numérique », découvrent avec émotion des profils capables de joindre à leur dossier des captures d’écran, des arborescences d’accès et parfois une liste de vulnérabilités observées dès la page d’accueil. « Pour la première fois, nous avons des candidats qui lisent vraiment les CGU », résume un cadre public, avec cette gravité particulière qu’inspire la rencontre tardive avec la compétence.

Les mêmes DRH reconnaissent toutefois quelques difficultés d’intégration. Les entretiens d’embauche ont dû être adaptés après plusieurs incidents au cours desquels des candidats avaient démontré leurs aptitudes en projetant sur l’écran de la salle les fichiers internes du service recruteur. Depuis, les commissions privilégient des épreuves plus classiques : audit blanc, rédaction de note et distinction entre intrusion démonstrative et prise d’otage numérique pendant la pause déjeuner.

Quand un reportage devient une politique d’orientation

L’inspiration immédiate du projet reste le reportage de Franceinfo consacré à un adolescent se présentant comme ex-pirate informatique, point de départ réel d’une séquence politique où plusieurs cabinets ont brusquement découvert que les prodiges numériques n’étaient pas tous occupés à coder une application de covoiturage pour voisins anxieux. Dans les administrations, la fascination a pris une forme très française : non pas réparer d’abord, mais organiser aussitôt un parcours diplômant.

Un conseiller ministériel résume le changement doctrinal en des termes sobres : le pays a longtemps subi la cyberdélinquance comme une humiliation technique ; il entend désormais la recycler comme avantage comparatif. L’idée séduit d’autant plus qu’elle permet de parler de souveraineté, de jeunesse, d’insertion et d’innovation dans une même phrase, sans avoir à préciser pourquoi des plateformes publiques continuent de tomber avec une régularité que beaucoup d’usagers qualifient déjà de service minimum.

L’école de la deuxième faille

Au sein de l’Éducation nationale, plusieurs rectorats travailleraient déjà sur un maillage territorial. Des « lycées cyber de proximité » pourraient accueillir, dès la rentrée prochaine, des élèves repérés pour leur dextérité technique, leur usage précoce de forums spécialisés ou leur capacité à expliquer à leurs parents pourquoi la box familiale redémarre toujours au moment des relevés bancaires. L’ambition affichée est de prévenir la récidive par l’encadrement, selon un principe simple : mieux vaut un mineur sous convention qu’un mineur sous pseudonyme.

Pour prolonger la réflexion sur la manière dont les institutions transforment chaque malaise technologique en programme officiel, certains observateurs renvoient aussi aux précédents déjà publiés dans la rubrique Technologie & IA, où l’innovation a souvent l’élégance de ressembler à une panne avec logo. Le nouveau cursus s’inscrit dans cette tradition d’État stratège qui, faute d’avoir sécurisé la porte, préfère labelliser ceux qui savent l’ouvrir.

Le vieux rêve français : transformer l’incurie en politique publique

Les syndicats de magistrats et certains spécialistes de cybersécurité s’interrogent néanmoins sur la portée du message envoyé. En valorisant des parcours construits au bord du pénal, l’État prend le risque d’instiller une morale professionnelle assez particulière : violer un système reste condamnable, sauf si l’on s’y montre suffisamment brillant pour intéresser ensuite la puissance publique. Les défenseurs du projet balaient l’objection en expliquant qu’il existe déjà quantité de filières où l’expérience compte davantage que le cursus, et qu’il serait mesquin de refuser ce principe à des adolescents simplement entrés un peu trop tôt dans les serveurs.

Cette ligne de défense repose sur une distinction de plus en plus commode entre faute et compétence. Elle permet de ne pas trancher la question centrale : si la machine publique se montre si sensible au talent des intrus, c’est peut-être aussi parce qu’elle a pris l’habitude de mesurer son propre niveau de préparation au nombre de fois où quelqu’un le lui démontre gratuitement, ou presque. Dans cette économie morale, la faille devient recommandation, et l’effraction un début de portfolio.

La République espère enfin pirater sa propre pénurie

À Bercy comme à Beauvau, on se montre déjà attentif aux débouchés. Les plus prometteurs pourraient rejoindre des unités de test, des cellules d’audit, voire des missions transversales auprès d’opérateurs publics désireux de savoir si leur système résiste à autre chose qu’à une présentation PowerPoint. Les moins académiques, eux, seraient orientés vers des fonctions de sensibilisation, consistant à expliquer à des cadres supérieurs que coller « 2026 » derrière son prénom ne constitue pas une politique de sécurité.

Dans les documents internes, l’horizon affiché est celui d’une cybersouveraineté pragmatique, capable de puiser ses forces vives là où elles se trouvent réellement, c’est-à-dire parfois dans une chambre d’adolescent, entre un clavier mécanique, deux écrans et une chaise de bureau qui tient moins bien que l’infrastructure nationale. La cérémonie de remise des premiers contrats d’alternance devrait se tenir en préfecture, sous haute surveillance réseau. Les candidats seront invités à laisser leurs téléphones à l’entrée. Les routeurs, eux, ont déjà demandé à être dispensés.

Catégorie(s) :

Technologie & IA

Mots-clés :

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